Pascal Desrousseaux : Ecrivain?

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Un jour peut être, une plaque ornera l’immeuble où il réside. Elle dira que vécut là un Président et que ce Président, ce fut lui. Pour que la plaque évoque son souvenir, la bonne marche du temps commande, dès aujourd’hui, que le Président, ce soit lui. C’est un Président tout ce qu’il y a d’ordinaire, avec légion d’honneur et pellicules. Il ne dépare pas parmi ses homologues étrangers. Il n’en impressionne aucun non plus. Ce n’est ni le plus beau, le plus fort, le plus grand : il est celui que le suffrage nous a donné.
Chez nous, le Président, c’est lui. On trouve son portrait, en couleur, dans toutes les mairies. Les enfants agitent de petits drapeaux sur son chemin. Il a sa place réservée dans les tribunes officielles des théâtres, des stades et des gymnases. On le conduit dans une longue voiture gris métallisé. Des motards le précèdent dans les bouchons, les voitures se rangent à gauche et à droite pour le laisser passer.
Le Président n’est pas le premier. Ni, sans doute, le dernier. Il est le nième d’une longue série. La Constitution a horreur du vide et le Président remplit ses fonctions avec conscience. Son double menton ne lui donne pas d’autorité particulière mais il est de tout ce qui, chez nous, convient d’être présidé. Sa tenue irréprochable et ses bonnes manières honorent la République. Elle lui demande de présider, c’est tout ce qu’elle exige de lui, et il le fait très bien. Il n’a pas la poigne de fer des patrons. Il ne dirige rien, ne coordonne pas grand chose et pourtant, tout le monde se tait quand il entre en conseil des ministres. Il n’a pas besoin de réclamer la parole car c’est lui qui la donne. Lui-même la prend rarement. Le Président n’a rien à dire de particulier, rien d’urgent qui nécessite de couper son Premier Ministre. Celui-là est un bavard. Comme le Président est un bon garçon, il le laisse parler.
Qui fut le Président, c’est ce que ne pourra deviner le passant lorsqu’il viendra à passer devant l’immeuble de celui-ci et qu’il lira, sur la plaque, son nom encadré entre deux dates. Ce qu’est le Président aujourd’hui, d’ailleurs, peu de ses contemporains le savent. Peu se demandent s’il est un bon Président. La question pourrait être difficile, controversée et c’est sans doute pour cela que personne ne se la pose. Le Président lui même ne s’y hasarde pas. Non qu’il n’ait le temps. Il est des moments dans la vie d’un Président où il n’y a pas tant à faire et on ne perdrait rien à s’ennuyer un peu ou même à se poser des questions. Mais dans ces moments là , le Président préfère dormir. Il faut qu’il se repose car il se sent parfois fatigué. Il peut dormir n’importe où. Il dort à table. Il dort au bureau. Il dort en Conseil des ministres. Il ronfle pour couvrir le bruit des réacteurs, dans l’avion, avec les journalistes. Le Président a commencé à dormir à quarante ans. Un après-midi, à l’Assemblée Nationale, un ministre répondait à la question d’un député sur une départementale et sa déviation. Comme il en était à confondre D85 et D87, le Président s’est assoupi.
Personne ne lui reproche de faire la sieste. A son âge, c’est bien naturel. Le Directeur de Cabinet est déjà bien heureux qu’il se souvienne du nom de ses interlocuteurs. Le Président a bonne mémoire même s’il sert invariablement à chacun la même anecdote. " La politique, c’est comme l’arithmétique, un et un feront toujours deux " explique-t-il. Personne ne ait où il veut venir. Lui non plus. Il faut bien faire la conversation.
Ce n’est peut être pas un grand homme mais je suis heureux de le servir. Je ne suis pas comme le Directeur de Cabinet…

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