Pascal Desrousseaux : Ecrivain?

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Toujours est-il que, pour l’escalier, je n’ai rien dit. J’ai peur en silence, sans rien en laisser paraître. J’évite de sortir mais, quand il le faut, je descends l’escalier avec assurance. Devant les autres, je le monte quatre à quatre. J’en rajoute même quand il le faut. Le dimanche, je hisse mon gros derrière, celui qui ne fait rire personne, du moins je l’espère, sur la rampe et je glisse jusqu’en bas, assis comme çà, un peu grotesque mais fier de ne rien laisser paraître de ma peur. Ma femme n’en revient pas. Elle trouve que j’ai retrouvé la forme de mes vingt ans, celle qu’elle n’a jamais connue. Et moi, je souffre en silence. Je tremble rien qu’à idée d’aller chercher le pain. Je me réveille la nuit, en nage, à l’idée que le lendemain, sans doute, il me faudra encore emprunter l’escalier.
Pourtant, la première fois que j’ai emprunté l’escalier, je lui ai trouvé un certain charme. Il n’avait pas, en apparence, l’esprit étroit des escaliers populaires. Ses marches, polies, sentaient le propre. A l’usure, en leur milieu, on sentait que ceux qui l’empruntaient étaient bien nourris. Le premier jour, ce qui m’a plu, c’est la rampe, une belle rampe de fer forgé. Après avoir monté les escaliers, j’ai visité l’appartement du quatrième étage. Un deux pièces un peu sombre mais l’escalier lui me plaisait bien. Fou que je suis ! En téléphonant le soir à ma femme, j’ai dit " En plus, l’immeuble est très bien situé et, tu verras, il y a un très bel escalier ". J’étais alors sous le charme. Aujourd’hui, l’escalier affiche le même air bourgeois que ce premier jour où je le rencontrai, un air qui ferait plaisir à voir, s’il n’y avait cette peur qui ne me lâche pas et si je ne savais pas qu’il est des êtres et des choses prêts à vous trahir à la première occasion.
Ça n’a pas manqué. L’escalier a trompé ma confiance. Nous avions à peine emménagé que ma femme a fait une chute. Rien de grave. Elle a manqué une marche et a dévalé les trois suivantes sur le derrière. Puis elle s’est arrêté et elle a geint. Elle s’était fait mal. Pas très mal, mais mal quand même, comme lorsque l’on se fait un bleu. Il faut dire que ma femme est sensible. Pas douillette, sensible. Et l’escalier, lui, ne s’est pas excusé. La rampe luisait, dans l’ombre, comme s’il ne s’était rien passé. Ma femme s’est relevé. " Ce n’est rien, ce n’est rien ", elle a fait, en se massant le bas du dos. " Comment, rien ", ai-je répondu, irrité.
Ce n’est pas rien, un escalier qui peut vous trahir comme ça lui chante, sans l’annoncer à l’avance ! Cela n’est pas rien, un escalier dans lequel on peut tomber, peut être se faire mal, se fracturer quelque chose ! Une marche que l’on peut manquer, cela n’est pas rien, cela peut être même dangereux. On ne meurt pas que de grandes choses, que de belles maladies ! Une marche suffit parfois. Pas toujours, mais parfois.

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