Pascal Desrousseaux : Ecrivain?

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Je l’avais retrouvé, mon Euridyce. Je leur avait bien dit, aux autres, qu’elle n’était pas morte. Ils m’avaient écouté, avec toute leur patience bien gentille, ils avaient voulu me consoler. Ils m’avaient bien raconté, les autres, que notre amour vivait toujours mais ils ne m’avaient pas cru quand je leur avait juré qu’elle était vivante.
Mais moi, je le savais qu’elle était vivante et alors, on a bien dû me la rendre, Euridyce. Elle montait derrière moi, marche après marche, l’escalier droit qui nous ramenait à la vie. En pleine lumière et en plein jour. Je sentais bien le souffle de mon Eurydice et son pas, léger, léger que je n’entendais pas résonner dans l’escalier droit, mais qui remontait avec moi les cent, deux cents, trois cents marches qui la menait en plein jour, en pleine lumière, en pleine vie.
Qu’est ce qu’ils croyaient les autres ? Que j’allais la perdre, comme ça, sans rien dire et sans rien faire ? Je lui expliquait tout ça, à Euridyce en remontant l’escalier droit et je lui jurais que jamais je ne la laisserais tomber, moi, qu’elle avait raison de me faire confiance car ça avait marché. Plus de cimetière, plus de curé, plus de costumes noirs : elle était là, derrière moi, je ne la touchais pas, je ne la voyais pas mais elle était là. Ils avaient bien dût le sentir, tous ces cerbères, que je l’aimais, moi, Euridyce. Et là, maintenant, tout joyeusement, Euridyce et moi, remontions l’escalier, vers le matin, bien contents que ça se termine, cette sale histoire, et elle, elle m’écoutait. Elle ne parlait pas, elle m’écoutait. Nous étions fous de bonheur et je sais qu’elle m’écoutait quand je lui ai expliqué que la vie, la mort, tout ça, ça n’était pas du tout ce qu’on croit. Elle devait sourire en m’entendant dire que malgré les fleurs, les couronnes, les faire parts et les condoléances, j’espérais toujours, moi. Je savais qu’elle reviendrait et maintenant, elle était là, derrière moi, les cent, deux cents, trois cents dernières marches qui nous menaient tout droit vers le jour. En pleine lumière. En pleine vie. La famille ne me croirait peut être pas mais moi, je savais qu’elle était là, derrière moi, comme elle serait là, demain devant eux, quand ils auraient enfin entendu la bonne nouvelle. Je lui disais dans l’escalier que je l’aimais, qu’elle avait bien raison, car moi, je l’arracherai à la mort, aux enfers comme ils disent dans les livres.
Ah, ils m’avaient bien eu avec leur requiem, leurs visages tous rouges, gonflés comme de grosses éponges . Euridyce et moi, on s’en foutait, on remontait l’escalier droit et les cent, deux cents, trois cents dernières marches, c’était pas grand chose face à toutes ces belles années qui nous attendaient, aux amis qui nous accueilleraient en plein jour, en pleine lumière. Je l’ai supplié de me jurer qu’elle m’aimerait toujours, et alors, elle, elle a ri, de son rire le plus beau. Elle a rit et, bien sûr, je n’ai pas pu m’en empêcher, moi, j’ai toujours adoré son rire. Je n’ai pas pu m’en empêcher, moi, de me retourner pour voir les belles dents de mon Euridyce quand elle riait.
Je l’entendais rire comme avant et bien sûr, je me suis retourné…
Elle n’était pas là. Aux enfers, sûr, ils m’avaient couillonné. Elle n’était pas là, derrière moi, dans l’escalier droit. Sûr, aux enfers, ils s’étaient foutus de moi, car, là, maintenant, elle n’était plus là, elle n’était pas là. C’est là, dans l’escalier droit, que comme tous les matins, le réveil a sonné et alors moi, comme tous les matins, j’ai encore pleuré.

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