Je lavais retrouvé, mon Euridyce.
Je leur avait bien dit, aux autres, quelle nétait pas morte. Ils
mavaient écouté, avec toute leur patience bien gentille, ils avaient voulu me
consoler. Ils mavaient bien raconté, les autres, que notre amour vivait toujours
mais ils ne mavaient pas cru quand je leur avait juré quelle était vivante.
Mais moi, je le savais quelle était vivante et alors, on a bien dû me la rendre,
Euridyce. Elle montait derrière moi, marche après marche, lescalier droit qui nous
ramenait à la vie. En pleine lumière et en plein jour. Je sentais bien le souffle de mon
Eurydice et son pas, léger, léger que je nentendais pas résonner dans
lescalier droit, mais qui remontait avec moi les cent, deux cents, trois cents
marches qui la menait en plein jour, en pleine lumière, en pleine vie.
Quest ce quils croyaient les autres ? Que jallais la perdre, comme
ça, sans rien dire et sans rien faire ? Je lui expliquait tout ça, à Euridyce en
remontant lescalier droit et je lui jurais que jamais je ne la laisserais tomber,
moi, quelle avait raison de me faire confiance car ça avait marché. Plus de
cimetière, plus de curé, plus de costumes noirs : elle était là, derrière moi,
je ne la touchais pas, je ne la voyais pas mais elle était là. Ils avaient bien dût le
sentir, tous ces cerbères, que je laimais, moi, Euridyce. Et là, maintenant, tout
joyeusement, Euridyce et moi, remontions lescalier, vers le matin, bien contents que
ça se termine, cette sale histoire, et elle, elle mécoutait. Elle ne parlait pas,
elle mécoutait. Nous étions fous de bonheur et je sais quelle
mécoutait quand je lui ai expliqué que la vie, la mort, tout ça, ça
nétait pas du tout ce quon croit. Elle devait sourire en mentendant
dire que malgré les fleurs, les couronnes, les faire parts et les condoléances,
jespérais toujours, moi. Je savais quelle reviendrait et maintenant, elle
était là, derrière moi, les cent, deux cents, trois cents dernières marches qui nous
menaient tout droit vers le jour. En pleine lumière. En pleine vie. La famille ne me
croirait peut être pas mais moi, je savais quelle était là, derrière moi, comme
elle serait là, demain devant eux, quand ils auraient enfin entendu la bonne nouvelle. Je
lui disais dans lescalier que je laimais, quelle avait bien raison, car
moi, je larracherai à la mort, aux enfers comme ils disent dans les livres.
Ah, ils mavaient bien eu avec leur requiem, leurs visages tous rouges, gonflés
comme de grosses éponges . Euridyce et moi, on sen foutait, on remontait
lescalier droit et les cent, deux cents, trois cents dernières marches,
cétait pas grand chose face à toutes ces belles années qui nous attendaient, aux
amis qui nous accueilleraient en plein jour, en pleine lumière. Je lai supplié de
me jurer quelle maimerait toujours, et alors, elle, elle a ri, de son rire le
plus beau. Elle a rit et, bien sûr, je nai pas pu men empêcher, moi,
jai toujours adoré son rire. Je nai pas pu men empêcher, moi, de me
retourner pour voir les belles dents de mon Euridyce quand elle riait.
Je lentendais rire comme avant et bien sûr, je me suis retourné
Elle nétait pas là. Aux enfers, sûr, ils mavaient couillonné. Elle
nétait pas là, derrière moi, dans lescalier droit. Sûr, aux enfers, ils
sétaient foutus de moi, car, là, maintenant, elle nétait plus là, elle
nétait pas là. Cest là, dans lescalier droit, que comme tous les
matins, le réveil a sonné et alors moi, comme tous les matins, jai encore pleuré.
 
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