Pascal Desrousseaux : Ecrivain?

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ou j'ai plus de souvenirs que si j'avais deux mille ans...

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J’avais cinq ans en soixante-huit.
Mes souvenirs de cette année-là ont le trait imprécis des mémoires d’enfance ; ils hésitent parfois, comme issus d’un esprit encore confus, gênés par une conscience trop neuve. Ils ont le teint brouillé, tout recouverts qu’ils sont par les autres âges de ma vie. Ils ont subi les mutilations de l’histoire.
Entre les ratures portées par les souvenirs les plus récents et les marques du reniement, je discerne pourtant, surgissant de la confusion de l’époque, l’immense espoir qui emballait les rues.
Accroché aux jupes de ma mère, je profitais des conversations qui décidèrent de mon destin. Chez les voisins, les parents, les amis, les rumeurs allaient bon train. Les bruits les plus fous sortaient les hommes de leur torpeur. Les femmes riaient sous cape. Pris d’une joie frénétique, les gamins couraient les rues en chantant. Tous étaient agités d’une émotion particulière, de celles qui surgissent au hasard de l’histoire, quand on ne s’y attend plus, quand un vent neuf commence à souffler et qu’il soulève les voiles d’une grande aventure. La nouvelle était colportée par les marchands ambulants, psalmodiée dans les temples, criée sur les places publiques.
La nouvelle ? La bonne nouvelle.
Marc, le prêcheur talentueux, le disciple de Pierre, avait terminé son évangile. Et tout l’Empire Romain, de Gaule en Egypte, était gagné par sa prose alerte. Son verbe talentueux promettait des lendemains qui chantent.

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