Pascal Desrousseaux : Ecrivain?

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ou j'ai plus de souvenirs que si j'avais deux mille ans...

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C’était le succès. Marc était encore bel homme et dans notre banlieue d’Alexandrie, avec son lion ailé tatoué sur l’épaule, il était devenu un homme en vue. C’était l’idole de la jeunesse et la tentation des femmes païennes. Son oeuvre, plus lumineuse encore que le phare un peu kitsch des Ptolémée, rayonnait loin alentour et notre ville était de celles qui comptent au bord du mare nostrum. La gloire de Marc avait attiré dans nos universités les rejetons des familles patriciennes de Rome. Notre très grande bibliothèque ne désemplissait pas : ses scribes affairés ne pouvaient satisfaire la demande de milliers de fanatiques tonsurés et se pressaient dans les rayons surchargés d’ouvrages.
Chacun de nos visiteurs repartait au pays ivre de joie, ruiné parfois par nos marchands cupides, mais toujours gagné par la richesse d’une âme nouvelle. Certains glissaient dans leur bagage une réplique miniature de momie ancienne. D’autres gagnaient, par un acte de vertu éclatant ou la magnificence de leur fortune, la faveur de s’en retourner avec, sur papyrus, les bonnes feuilles de notre évangile.
L’été, sur la corniche, les terrasses étaient prises d’assaut par les familles d’armateurs phéniciens en vacances et leurs filles poursuivaient de leurs assiduités notre évangéliste national. Marc, avec son visage puissant et la moustache noire des séducteurs orientaux, recevait leurs hommages en souriant. Le dimanche à midi, à la sortie de la messe, il ne pouvait se protéger des baisers impétueux des nouvelles converties. Les lieux de débauche étaient désertés, les filles de joie accostaient en vain le marin de passage : les temps avaient changé, les anciens divertissements passaient. Désormais, les jeunes chics, toujours avides de nouveauté, se faisaient baptiser dans la fièvre du samedi soir.
La mode était au baptême. Prolétaires et nouveaux riches se pressaient et se confondaient sous des feus d’artifice d’eau bénite. Les baptistères faisaient ainsi la fête jusqu’à des heures tardives et Marc, de son goupillon agile, faisait un malheur dans les catacombes les plus branchées. Notre évêque nous avait écrit un évangile de folie, comme aucun sage antique, poète, dramaturge, philosophe n’aurait su en commettre.

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