Cétait le succès. Marc était
encore bel homme et dans notre banlieue dAlexandrie, avec son lion ailé tatoué sur
lépaule, il était devenu un homme en vue. Cétait lidole de la
jeunesse et la tentation des femmes païennes. Son oeuvre, plus lumineuse encore que le
phare un peu kitsch des Ptolémée, rayonnait loin alentour et notre ville était de
celles qui comptent au bord du mare nostrum. La gloire de Marc avait attiré dans
nos universités les rejetons des familles patriciennes de Rome. Notre très grande
bibliothèque ne désemplissait pas : ses scribes affairés ne pouvaient satisfaire
la demande de milliers de fanatiques tonsurés et se pressaient dans les rayons
surchargés douvrages.
Chacun de nos visiteurs repartait au pays ivre de joie, ruiné parfois par nos marchands
cupides, mais toujours gagné par la richesse dune âme nouvelle. Certains
glissaient dans leur bagage une réplique miniature de momie ancienne. Dautres
gagnaient, par un acte de vertu éclatant ou la magnificence de leur fortune, la faveur de
sen retourner avec, sur papyrus, les bonnes feuilles de notre évangile.
Lété, sur la corniche, les terrasses étaient prises dassaut par les
familles darmateurs phéniciens en vacances et leurs filles poursuivaient de leurs
assiduités notre évangéliste national. Marc, avec son visage puissant et la moustache
noire des séducteurs orientaux, recevait leurs hommages en souriant. Le dimanche à midi,
à la sortie de la messe, il ne pouvait se protéger des baisers impétueux des nouvelles
converties. Les lieux de débauche étaient désertés, les filles de joie accostaient en
vain le marin de passage : les temps avaient changé, les anciens divertissements
passaient. Désormais, les jeunes chics, toujours avides de nouveauté, se faisaient
baptiser dans la fièvre du samedi soir.
La mode était au baptême. Prolétaires et nouveaux riches se pressaient et se
confondaient sous des feus dartifice deau bénite. Les baptistères faisaient
ainsi la fête jusquà des heures tardives et Marc, de son goupillon agile, faisait
un malheur dans les catacombes les plus branchées. Notre évêque nous avait écrit un
évangile de folie, comme aucun sage antique, poète, dramaturge, philosophe naurait
su en commettre.
  
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