Pascal Desrousseaux : Ecrivain?

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ou j'ai plus de souvenirs que si j'avais deux mille ans...

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-" Fils " m’a-t-il répondu, " parle avec la simplicité des pauvres d’esprit et ne fais pas de discours ".
-" Père " ai-je fait alors de ma voix enfantine " Sarah ne me regarde plus… ".
-" Lui aurais-tu manqué de respect ? " a-t-il demandé dans un sourire.
-" Marc, l’évangéliste, a ravi l’amour de ma promise… "
-" Fils, ne dis pas de bêtises, elle n’a même pas cinq ans. Marc a trop à faire avec les pécheresses qui le soumettent à de bien plus grandes tentations ! "
-" Père, quand je serai grand, je convertirai toutes ces pécheresses et Sarah n’écoutera plus que moi."
-" As-tu seulement parlé de tout cela à ta mère ? " En me tapotant l’épaule, il m’a confié : " les chagrins d’amour s’oublient vite sur nos terres d’Orient. Si ce n’est pas Sarah que tu épouses, alors ce sera Esther, Ruth ou encore Bethsabée, toutes d’honorable famille ".
-" Père, hélas, tu te méprends sur le sens de mes paroles ! Mon talent surpassera celui de Marc et son évangile tombera dans les oubliettes de l’histoire. Quand je serai grand, l’évangéliste, ici comme ailleurs, ce sera moi".
Ces derniers mots ont reçu en réponse une gifle vigoureuse.
Mon père s’est fâché tout rouge : " Misérable ! Blasphème ! Vouloir prendre la place de cet homme admirable, du petit père de nos peuples d’Orient et d’Occident ! Qui m’a donné pareil arriviste sans scrupule? ".
Cette réaction brutale n’était pas, à bien y penser, si étonnante. Il faut vous dire que mon père était cordonnier et que Marc lui avait commandé, à son arrivée à Alexandrie, une paire de souliers légers et robustes à la fois. Marc était alors encore un complet inconnu et pourtant, mon père avait accepté de lui faire crédit en échange de la guérison d’une petite blessure à la main. Marc était un de ces loqueteux ambulants qui faisait, comme tant d’autres, profession de guérisseur des rues et pourtant, mon père avait su lui faire confiance.

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