-" Fils "
ma-t-il répondu, " parle avec la simplicité des pauvres desprit et
ne fais pas de discours ".
-" Père " ai-je fait alors de ma voix enfantine " Sarah ne
me regarde plus
".
-" Lui aurais-tu manqué de respect ? " a-t-il demandé dans
un sourire.
-" Marc, lévangéliste, a ravi lamour de ma
promise
"
-" Fils, ne dis pas de bêtises, elle na même pas cinq ans. Marc a trop
à faire avec les pécheresses qui le soumettent à de bien plus grandes
tentations ! "
-" Père, quand je serai grand, je convertirai toutes ces pécheresses et Sarah
nécoutera plus que moi."
-" As-tu seulement parlé de tout cela à ta mère ? " En me
tapotant lépaule, il ma confié : " les chagrins damour
soublient vite sur nos terres dOrient. Si ce nest pas Sarah que tu
épouses, alors ce sera Esther, Ruth ou encore Bethsabée, toutes dhonorable
famille ".
-" Père, hélas, tu te méprends sur le sens de mes paroles ! Mon talent
surpassera celui de Marc et son évangile tombera dans les oubliettes de
lhistoire. Quand je serai grand, lévangéliste, ici comme ailleurs, ce
sera moi".
Ces derniers mots ont reçu en réponse une gifle vigoureuse.
Mon père sest fâché tout rouge : " Misérable !
Blasphème ! Vouloir prendre la place de cet homme admirable, du petit père de nos
peuples dOrient et dOccident ! Qui ma donné pareil arriviste sans
scrupule? ".
Cette réaction brutale nétait pas, à bien y penser, si étonnante. Il faut vous
dire que mon père était cordonnier et que Marc lui avait commandé, à son arrivée à
Alexandrie, une paire de souliers légers et robustes à la fois. Marc était alors encore
un complet inconnu et pourtant, mon père avait accepté de lui faire crédit en échange
de la guérison dune petite blessure à la main. Marc était un de ces loqueteux
ambulants qui faisait, comme tant dautres, profession de guérisseur des rues et
pourtant, mon père avait su lui faire confiance.
  
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