Pascal Desrousseaux : Ecrivain?

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Le journal m’a tâché les doigts. Ce qui me vient alors, c’est l’envie de courir au lavabo, d’enlever mes chaussettes et de sortir de ma poche un savon. Mais le lavabo est loin. Je ne peux en attraper les bords. Je ne peux pas même les toucher. Le lavabo est trop loin. Pourtant, je le vois bien qui flotte sur la Seine pendant que le Président me parle. Dieu que le Président parle mal ! Il faut absolument que je le remplace. Au moins le temps de me laver les mains. " Pardonnez-moi, Président, mais là, il faut que je vous remplace pour aller au lavabo. Vous parlez toujours mal à propos et là, vous me salissez le visage avec votre journal. Je vous retire le savon des mains ! ".
Le Président reste les bras ballants mais cela ne l’empêche pas de poursuivre son discours. Le métro est comble, les gens lui rient au nez et lui continue son discours, comme si de rien n’était, comme si son journal ne salissait pas le wagon tout entier. Le Président parle mais les gens font comme moi. Ils sifflent le lavabo. Le Président n’a pas encore compris que c’est l’heure du savon. Pourtant, s’il lisait le journal, il saurait bien qu’à Bastille, à huit heures, tout le métro va au lavabo. J’ai réussi à atteindre le lavabo avant tout le monde. Je cherche le discours du Président dans ma poche dans l’espoir d’y dénicher un savon. Le Président en profite pour me glisser des mains et donne un coup de pied au lavabo. Le lavabo tangue un peu puis dérive dans le flot des voyageurs. Direction Nation.
Le Président me dit : " mais Desrousseaux, Nation, ça n’est pas votre direction ! Et tous les lavabos chantent avec lui : " Nation, ça n’est pas la direction ". Je réponds alors : " Président, vous êtes virés. Arrêtez de salir mon journal. "
La place de la Bastille se met à pleurer. Le Président me regarde de travers et me dit, puisque c’est comme ça, rendez moi mon savon. Je vais vous savonner le dos pendant la pause. Son discours pleure pendant qu’il me savonne le dos. Je m’essuie avec le journal. Sur ma peau s’écrivent des lettres d’imprimerie à l’envers. " Desrousseaux, dit le Président, essayez donc d’écrire à l’endroit ! " Tout le monde critique et marmonne " c’est mal écrit, on n’arrive même pas à distinguer les fautes d’orthographe ! " Les gens dans le métro sont terribles. Si vous croyez, vous, que c’est facile pour un savon d’écrire de la main gauche ?

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