Pascal Desrousseaux : Ecrivain?

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Ce soir, je ne suis pas un personnage. Il y a des soirs comme ça. On se sent plus concret que la veille. On est soi, un soi bien réel, à qui l’on souhaite longue vie et bon courage. Je suis moi, donc. Enfin je n’en doute plus. Je nage en pleine réalité. Pour de vrai. Je m’écris tel que je suis. Un sac Monoprix me tient compagnie. C’est tout moi, ça , le sac Monoprix. Avec ça, je ne triche pas. J’aurais parlé d’un sac Prisunic, on m’aurait soupçonné. " Invraisemblable, Prisunic ! ", m’aurait dit le lecteur que je suis. Car je me connais. Plus Monoprix que Prisunic. Je ne décèle pas de foi déterminée dans cette préférence. Je suis Monoprix. C’est comme ça. Une évidence qui se tient à la main. Je suis autant Monoprix que caleçon. Quoique. Peut être davantage. Etre caleçon peut parfois faire trébucher son moi, quand il se révèle mal assorti. Alors qu’avec un sac plastique, Monoprix, je le répète, je me sens moi et je le dis. Je le dis tout bas. Pas tant de quoi se vanter. Mettons, je l’écris. C’est ainsi que je ne perds pas de vue celui que je suis. Esquisse rapide. Homme, moins de trente ans, mais pour de moins en moins longtemps, portant costume et sac plastique. Là, je mens. Le sac plastique, ça n’est plus tout à fait moi. Il ne m’appartient pas complètement. Il est de passage. Mais être moi, aujourd’hui, sans sac plastique, je ne le saurais. Car le sac plastique est l’être le plus vivant que j’ai rencontré depuis longtemps. Il m’accompagne. Je le porte, il me suit. Grâce à lui, le poids de la journée ne pèse plus sur mes épaules. Tout est là, à côté de moi, rangé dans mon sac plastique Monoprix. Il y a là tout ce que je rapporterai avec moi.
Qu’y a-t-il dans ce sac plastique ? Je le sais, oui bien sûr. Non parce que j’ai de la mémoire mais parce que cela me paraît évident que je le sache. Dans le sac Monoprix, il y a mes courses. Voilà. Je savais bien que je me rappellerais de ces courses. Non pas que ce soit mal passé ou qu’elles m’aient coûté cher. Mais je suis fier de ne pas avoir cette fois oublié mon ticket de caisse. Le ticket est posé près de moi. Il est l’assurance de ce que je fus aujourd’hui. J’ai payé par carte bancaire cent soixante-dix francs français au Monoprix Saint Germain des Prés. Avec ça, je peux dire que je me sens un autre homme. Je ne porte plus de masque.

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