Le petit homme sort faire les courses. «
Noublie pas le concombre » lui rappelle sa femme. Le petit homme tourne à droite,
à droite et encore à droite. Devant lépicerie de « chez Raymonde », il marque
le pas. Lépicerie est absente. Elle a été remplacée dans la nuit par un
restaurant chinois. A une passante, le petit homme demande poliment, comme un petit homme
bien élevé, le chemin vers le supermarché le plus proche. « A droite, à droite et
encore à droite » lui indique-t-on dans une langue exotique que le petit homme
sétonne de comprendre. « Thank you » répond-il à tout hasard. Le petit homme ne
distingue plus bien le ciel car dans la nuit, les immeubles ont grandi. On dirait les
buildings de New York remarque-t-il, lui qui ny a jamais mis les pieds. En
franchissant le grand canal, le petit homme se dit quil ira aussi vite en gondole
que les pieds dans leau. Il traverse un quartier de carte postale. Où est-il ? Le
gondolier le renseigne. Venise nest pas en Italie, Venise est chez nimporte
qui dorénavant. Le petit homme sen doutait. Dans un jardin à la française, le
petit homme fait ses achats. Le prix du concombre a augmenté. Tout le salaire du petit
homme y passe. Le cours du Yen sans doute ? « Non, cest à cause de
lapocalypse » lui explique le marchand. Et en effet, en tournant à droite, à
droite et encore à droite, le petit homme saperçoit quil sest encore
perdu. Un touriste étranger lui conseille de se munir dun plan. Cest en
sortant le plan de sa poche que le petit homme se rend compte quil a déménagé.
Aurait-t-il perdu la mémoire ? Il sait bien quil habite ailleurs. Il vit désormais
en plein cauchemar. « Peu importe » songe-t-il, « Paris sera toujours Paris. »
pour en savoir plus...
 
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