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Ci-gît
le petit homme. Là, dans un cimetière de banlieue, non loin du périphérique,
il repose en paix. Son souvenir a disparu, sa tombe nest plus
fleurie, le temps na plus dimportance. Les vers ont achevé de dévorer
le costume neuf qui lui avait été passé pour lenterrement.
Los a pris sa revanche sur la chair, le squelette est mis en
relief. Le petit homme a léternité devant lui.
Profanation. Une pelleteuse trouble le repos du défunt, remue, creuse
le sol en une tranchée béante et expulse le petit homme de son trou.
Tout vole en éclat hors de la tombe. Les ossements sont dispersés.
Le crâne du petit homme finit parmi les gravas.
Le caveau familial est réduit à néant. Le petit homme en pleurerait
presque. Aurait-il été australopithèque quun scientifique
attentionné aurait dégagé ses restes à la brosse à dents. Il
aurait numéroté ses os et les aurait glissé dans de petits sachets
en plastique. Pas de traitement de faveur, le petit homme est un mort
trop récent, un squelette comme il y en a trop, que lon néglige
et que lon chasse avant que la concession à perpétuité ne soit
éteinte.
Exposé en plein soleil, le crâne douloureux, traumatisé par les mâchoires
de la pelleteuse, le petit homme pleure sa dernière demeure, six
pieds sous terre, dans laquelle il faisait bon vivre. Si encore le
petit homme était mort jeune, peut-être aurait-il pu se faire à
lidée de déménager une nouvelle fois. Mais le petit homme est
mort vieux, est mort las, et nentend pas changer de sépulture.
Pourtant, on le presse déjà. Pas de nostalgie. Il faut faire de la
place. Des morts récents attendent, il faut ouvrir de nouvelles
fosses, toujours de nouvelles fosses. Au suivant. Ainsi vont les
hommes. Ainsi passe la vie.
Le petit homme nest plus de ce monde : léternité na quun
temps.
pour en savoir plus...
 
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