Le petit homme ferme les yeux et se met
à chanter. Il descend la gamme avec application. Do, si, la. Rien ne presse. Do, si, la.
Il entend comme une double croche, un son qui monte en sens inverse, à toute allure. La
voix dun petit homme lui revient en écho. La, si, do. La, si, do.
Fausse note.
Le petit homme, mélomane averti, en est tout bouleversé. Il ne déteste rien tant que
dêtre bousculé, surtout par un autre petit homme. « Pour qui se prend-il
celui-là ? » se demande le petit homme. « Pour un mi bémol ». Tiens donc ? Il est
vrai quil est bien agréable de vivre en musique et si le petit homme navait
que ça à faire, il vivrait volontiers sur un air de clarinette. Pourtant, mi bémol ou
pas, clé dut ou clé de fa, ça nest pas une raison pour bousculer les
autres, pense le petit homme mécontent. Certains ne savent pas rester à leur place et
cest bien dommage. Ça nest pas parce quon est bémol quil faut se
croire tout permis.
Le petit homme a beau se prendre pour un fa dièse, il nen conçoit pas
dorgueil pour autant. Et si, sur léchelle, fa, cest notoire, est au
dessus de mi, le petit homme sait se conduire avec modestie, en bon fa dièse. « Je vais
lui apprendre le solfège à ce bémol », pense le petit homme. Car tout musicien sait
que mi bémol et fa dièse vivent rarement en harmonie. Le petit homme est en plein couac
mais ne veut lâcher prise. Un fa dièse nest pas un petit homme comme les autres.
Il ne peut perdre la face devant un bémol. Les fa dièse, en effet, transigent rarement
sur la musique. La musique, elle, manque parfois de reconnaissance vis à vis de ses
fidèles serviteurs. Elle cède toujours aux exigences dune note tyrannique car elle
recherche laccord, quil soit majeur ou mineur. Pauvre petit homme ! Pauvre fa
dièse ! Le morceau se terminera sans eux. Le bémol sera déçu lui aussi. C'est un mi,
mais bécarre, qui finit lair en beauté.
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