Il est long le chemin de la connaissance
et cest page 124 que le petit homme découvre enfin Emmanuel Kant. " Comme
le monde est vaste " philosophe le petit homme en déchiffrant la notice
biographique. " Et quand cette histoire finira-t-elle ? "
soupire-t-il en contemplant les treize volumes de lencyclopédie qui lui restent à
parcourir.
Une araignée interrompt sa lecture. Pendue à un fil de soie tissé depuis le plafond,
elle passe devant le nez du petit homme. Celui-ci y voit comme un reproche. Le ménage
na vraisemblablement pas été fait dans les coins. Quà cela ne tienne :
main gauche et main droite de petit homme se rejoignent en un claquement brusque et
sonore. Clac ! Le fil de soie est rompu. On ne le voit plus, comme si
laraignée qui lavait conçu navait jamais existé. Et en effet,
laraignée nest plus. " On est bien peu de choses " se
hasarde à penser le petit homme. " Vanitas vanitatum " aurait-il pu
ajouter sil possédait la plus élémentaire notion de latin. Les langues mortes ne
sont pas son fort mais le petit homme, comme tous les petits hommes, est au fond un brave
homme. Certes, il se reconnaît des circonstances atténuantes. Sans doute ne serait-il
jamais passé sous le nez de quelquun sans sen excuser. Il admet néanmoins
que son geste sest avéré plus quexcessif. Il faudra songer à se repentir.
Piteux, le petit homme retourne à son encyclopédie. Le portrait dEmmanuel Kant le
fixe sévèrement. Aurait-il de surcroît bafoué un des grands principes de la morale
kantienne ? Le petit homme redoute par dessus tout le jour où les mains du néant se
refermeront sur lui en une claque de toute éternité.
pour en savoir plus...
 
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