Le petit homme demande le changement.
Obtiendra-t-il la Révolution ? Cest le grand soir boulevard Saint Michel. Le petit
homme regarde défiler les étudiants, les infirmières en colère, les profs en grève.
La cause paraît juste et il applaudit par solidarité. Puis emboîte le pas. Le cortège
sébranle dans une cohue bon enfant et le petit homme suit. Il apprécie les
manifestations du beau mois de mai, ces manifestations opulentes qui débordent de la
chaussée. Il aime voir les drapeaux et banderoles sagiter, réciter les bons vieux
chants ouvriers, manger des frites au stand de la CGT. Le soir venu, il relit avec soin
les tracts qui lui ont été distribués.
Ce nest pas un meneur. Perdu dans la foule, il ne rêve pas dêtre au premier
rang, en tête de cortège, bras dessus bras dessous avec les leaders syndicaux. Le petit
homme nen a pas le charisme. Il répète avec enthousiasme les slogans dictés par
les hauts parleurs, lève le poing avec dignité. Avec les jeunes au cheveu teint en bleu,
les barbus et les autocollants collés sur les parkas, avec la base, il se sent en plein
accord. Les manifestants ne le connaissent pas mais le considèrent comme un des leurs. Il
nest pas un militant, tout au plus un sympathisant. Cela ne lempêche pas de
serrer les coudes quand il le faut. Le petit homme voudrait voir, rien quune fois,
la justice triompher. Il sait que lunion fait la force et approuve les mots
dordre du mouvement. Changer la vie. Ne pas céder. Par principe, le petit homme est
plutôt hostile au gouvernement.
La manif arrive au coin de la rue Soufflot. Le Panthéon regarde cette agitation avec
indifférence. Il en a vu dautres. Faute de vent, le drapeau tricolore pend,
tranquille, au sommet du monument. Le petit homme se met à brailler plus fort. La lutte
continue. Il voudrait tant quaux petits hommes aussi, la patrie soit reconnaissante.
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