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Histoire
du petit homme qui disait "je" |
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Le petit
homme dit « je ».
Il n’en dit pas davantage.
Le petit homme a raison en vérité, ce « je » suffit. Certes, « je
» est un autre,
mais puisque le petit homme dit « je », il n’y a pas de raison de
se tromper,
c’est bien de lui dont il parle. Le « je » du petit homme a de la
sincérité
et ne s’éloigne pas de son personnage.
Le petit homme laisse temporairement le narrateur de côté en disant
un « je » que
celui-ci ne saurait prononcer. Le narrateur ne voit pas d’inconvénient
à ce que
le petit homme s’exprime en son nom propre. La première personne du
singulier
lui semble appropriée. Employer la troisième personne du singulier,
voire la première personne
du pluriel, eût été présomptueux tandis que la première personne
du singulier,
le petit homme peut la prononcer sans crainte, quoi qu’avec
modestie,
car « je » a toujours l’audace de parler de soi, là où un petit
homme d’habitude
préfère, et comme il a raison, laisser à d’autres, un narrateur
de bonne
volonté par exemple, le soin de parler de lui.
Dès lors qu’on lui laisse la bride sur le cou toutefois, le « je
» dérape et se met
en avant. Il est à tu et à toi avec les phrases solennelles et les
déclarations
définitives. Je pense que… Je crois pouvoir affirmer que…Le petit
homme a
le moi qui enfle. « Un ego », se prend à rêver le petit homme, «
un « je
» bien à moi, sans modèle ni stéréotype, un « je » que l’on
peut exprimer avec
affection, un « je » original qui n’habiterait pas en appartement,
parmi la
multitude, mais dans un pavillon qui préserve l’intégrité de la
personne
. «Un « je » à moi ! »
Moi ! Moi ! Moi ! Le « je » tutoie souvent la bêtise. Il divague
quelque fois et
l’orgueil de soi expose à la critique. « Je ne suis pas un petit
homme » se risque
ainsi à déclarer le petit homme.
Stop. « Ce « je » ne me dit rien qui vaille », écrit le narrateur
; « le petit homme,
après avoir connu l’ivresse du moi, revint à la raison et pria le
« je » de
rester sur son quant à soi ».
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