Pascal Desrousseaux : Ecrivain?

Petits récits pour de grands espoirs

Histoire du petit homme qui pleurait toutes les larmes de son corps.

Le petit homme pleure toutes les larmes de son corps. Ça n’est pas qu’il est triste, le petit homme n’a pas à se plaindre, les choses pourraient être pires, mais un gros nuage lourd, noir de désespoir, a fait halte au-dessus de la maison et pleure comme une jeune fille. Il pleut sans discontinuer. Il pleut à grosse gouttes, flic, floc, sans répit, il pleut parfois à verse, à torrent, bref, le nuage s’épanche bruyamment et le petit homme ne sait comment le consoler. Il lui aurait bien tendu son mouchoir mais les nuages se mouchent sans délicatesse, avec des manières qu’un petit homme bien élevé réprouve.
Alors le petit homme pleure lui aussi. Par solidarité. Par compassion. Le petit homme, comme tous les petits hommes, est un peu poète et imagine que cela réconforte les nuages, de pleurer à plusieurs, que c’est ainsi que les nuages se sentent moins seuls et dissipent leurs malheurs. Le petit homme blâme son voisin qui préfère rester au bord des larmes. Lui fraternise avec son nuage noir et lourd, il pleure toutes les larmes de son corps. Bien sûr, le petit homme n’est pas inconvenant. Il ne pleure pas à chaudes larmes. Ça n’est pas la saison. Il ne pleure pas des larmes de crocodile. L’endroit ne s’y prête pas.
Le petit homme accorde au nuage que la terre vue de haut, vue de loin, n’est pas aussi belle que l’on pourrait l’espérer. Autour de lui, le petit homme distingue bien également quelques motifs de chagrin. Mais rien qui n’empêche les larmes de se tarir. Le petit homme adjure son nuage d’être moins sentimental, lui conseille de ne pas regarder plus loin que le bout de son nez. Cela ne sert à rien de pleurer : si le petit homme n’est pas certain que la misère soit plus belle au soleil, il sait du moins que quoi qu’il arrive, après la pluie vient le beau temps.


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