Le petit homme a claqué la porte au nez
du monde. Son appartement n'est pas bien grand et la vie d'un petit homme suffit pour
l'occuper tout entier. Le petit homme est comme tout un chacun : il a constaté depuis
longtemps que le monde existe, il sait qu'il y a dans son immeuble des gens qui s'aiment
et s'embrassent, d'autres dans la rue qui dorment de jour et de nuit, il sait les villes,
les mers, les déserts, les avions qui passent d'un continent à l'autre, le soleil qui se
lève à l'est et se couche à l'ouest. Malheureusement, le petit homme manque de place.
Que le monde reste à la porte, c'est mieux ainsi.
Le monde pourrait sonner poliment, promettre d'essuyer ses pieds avant d'entrer, le petit
homme n'ouvrirait pas davantage. Une simple porte en bois, pas même blindée, masque le
monde à sa vue et le petit homme se sent ainsi à labri. Comme cest simple :
il lui suffit de fermer la porte pour que le monde disparaisse. Celui-ci reste en
coulisse, dans l'arrière-cour d'une vie de petit homme.
Dimanche matin. La perceuse des voisins s'est réveillée de bonne heure et les murs
tremblent chez le petit homme. Le monde tenterait-il de s'infiltrer par les murs, grâce
à un bricoleur complice ? Le petit homme organise la riposte et repousse l'intrusion. Il
colmate les fissures suspectes, vérifie que la mèche de la perceuse ne transperce pas
les cloisons. C'est moi qui commande ici, tonne le petit homme. Après tout, il est chez
lui. Le monde n'a rien à faire là. Quil reste où il est.
Par le trou de la serrure, le petit homme regarde le monde, curieux de connaître ses
intentions. Il inspecte les alentours. Rien na changé. La peinture sécaille.
La minuterie est en panne. Lescalier monte ou descend, cest selon. Sur le
palier, tout est tranquille. Est-ce une accalmie ?
pour en savoir plus...
 
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