Soixante-quatre cases. Autant de noires
que de blanches. « Hélas », songe le petit homme, « rien nest jamais ni blanc,
ni noir ». Sans doute y a-t-il des raisons à cela. Il y a aussi matière à tourmenter
un petit homme. Le jeu paraît bien confus. La reine noire se replie sur une case blanche.
Un pion savance et conquiert une case noire, abandonnée. La partie nest pas
bien avancée et pourtant le petit homme ny voit pas très clair. Il a les noirs. Il
hésite, puis déplace une tour. « Comme ce serait simple si tout le monde voyait les
choses en noir » pense-t-il. « Comme ce serait simple si tout le monde voyait les choses
comme moi, je men trouverais sans doute bien mieux. » Verrait-on les choses en
blanc que léchiquier serait également apaisé. Mais à quel prix ! Ce serait la
déroute des noirs et la défaite du petit homme. Le petit homme na pas
daffection particulière pour les noirs. Il ne reproche rien de précis aux blancs.
Les petits hommes naiment pas perdre, voilà tout. Les noirs sacrifient leur fou.
Une diagonale, noire elle aussi, se dégage et les blancs en profitent. Echec. Le petit
homme blêmit. Son adversaire garde la mine sombre mais une petite flamme illumine ses
yeux. Rien de tel quun cheval pour reprendre lavantage. Le petit homme saute
du noir au blanc. Le coup est risqué. Les noirs perdent encore un pion. Prend-on fait et
cause pour les blancs que lon peut envisager la suite avec sérénité. Echec.
Joue-t-on avec les noirs que lon a quelque souci à se faire. Le cavalier noir
na plus grand chose à espérer, isolé de son camp, perdu sur une case dune
autre couleur. Le petit homme ny croit pas davantage. Tant quà jouer noir sur
blanc, il aurait préféré le jeu de dames. Les règles ont lavantage de la
clarté. Le petit homme est partisan des solutions rapides, des situations tranchées. Son
roi échoue dans un coin de léchiquier. Un fou jaillit comme un éclair. Mat. Le
petit homme est rouge de colère.
pour en savoir plus...
 
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