Pascal Desrousseaux : Ecrivain?

Petits récits pour de grands espoirs

Histoire du petit homme qui remettait les pendules à leur place

Vienne la nuit sonne l’heure Les jours s’en vont je demeure Passent les jours et passent les semaines Ni temps passé Ni les amours reviennent, carillonne la pendule, un peu poète.
Il est six heures. C’est en tout cas ce que le petit homme déduit des vers de
la pendule. Pour le reste, il faudrait vérifier à sa montre, mais le petit homme n’en porte pas au poignet, c’est un petit homme qui se méfie des rouages nomades des montres vagabondes. Leurs aiguilles ont beau tourner comme il se doit dans le sens des aiguilles d’une montre, elles doivent pourtant se déplacer avec le marcheur quand il marche, avec le coureur quand il court, et ce quelque soit la direction prise, et ce même s’il vient au possesseur de la montre l’idée, absurde, et cependant pas impossible, de tourner dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Comment faire dès lors confiance à une montre qui peut-être aussi facilement déboussolée ? Mieux vaut recourir au temps sédentaire, à la pendule de salle d’attente, de boulevard, de salon, qui… vous attend au tournant et sonne six heures sans crier gare.
Comme il n’est jamais si tard que lorsque l’on n’a pas le temps, et que le
petit homme n’a pas le temps, les six heures de la pendule sont particulièrement malvenues. Qu’à cela ne tienne, dit la pendule, il suffit de remettre les pendules à l’heure. Mais quelle heure est-il ? Les jours s’en vont je demeure, chante la pendule, six heures et quart. Dépêchez-vous !
« De quoi je me mêle », fait le petit homme, « la poésie ne vous autorise pas à
me parler sur ce ton ! » Les pendules sont, il est vrai, bien impertinentes avec tous ces vers qu’elles sonnent à l’oreille des gens ignorants. « Grande aiguille, petit aiguille, pendule à balancier, vous n’êtes peut être pas une montre, même si cela reste à prouver, mais je vous prie pour autant de ne pas me faire perdre mon temps avec des remarques déplacées. Exactitude, ponctualité, voilà des vertus d’horloger, que vous feriez bien de méditer… ».
Chacun à sa place.
Tic, tac, fait la pendule.


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