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Le
petit homme n’est pas un oiseau de grande envergure. Il n’empêche,
il vole. Pas un poulet flic, ça non. Le petit homme a horreur de la
volaille et plane à mille lieues de ces volatiles. C’est un oiseau
migrateur qui passe à tire d’aile dans le ciel, clandestin.
Le petit homme s’évade par les airs. Il s’échappe en voleur des
villes angoissées. Pas question de se faire prendre. Direction : le
Sud. Le petit homme prend ses quartiers d’hiver en Afrique. A vol
d’oiseau, cela n’est pas tout près, mais le petit homme rejoint
ses congénères dans une nuée qui traverse le ciel comme un
tourbillon. Il snobe les avions de ligne et leurs passagers en classe
économique. Lui vole sans horaires ni retard, et à volonté. Lui
survole la terre à l’air libre, sans ceinture et interdiction de
fumer.
Une hirondelle ne fait pas le printemps. Comme c’est exact. Le petit
homme songe rarement à un retour au pays avant les premiers jours
d’avril. Il se plaît à remonter paisiblement les grands fleuves
d’Afrique. Il fréquente des pique-bœufs, de grandes cigognes, des
hérons, qui, tous d’aimable compagnie, le distraient agréablement.
Le petit homme en oublie les pigeons de Paris qui roucoulent en se
laissant plumer.
Se laisser plumer, c’est l’impression que le lecteur ressent en
lisant cette histoire. Menteur ! Escroc ! Comment le petit
homme, toute créature de plumitif qu’il soit, peut-il prétendre
incarner un personnage à plumes?
Pour éviter toute prise de bec avec le lecteur, le petit homme doit
admettre qu’il n’est pas plus oiseau que n’importe qui. Il
rentre au pays, inquiet de se faire serrer à la douane. Il passe les
contrôles comme un moineau honteux. Sitôt le lecteur endormi, il
jure sur sa tête de piaf, qu’il repartira là-haut, tout là-haut,
les ailes déployées. Petit à petit, le petit homme fait son nid.
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