Les voyages forment la jeunesse ? Peu
importe. La jeunesse du petit homme est aujourdhui révolue : elle repose en paix et
lui passe ses vacances en hôtel club. Trois étoiles. Construction récente. La mer à
deux pas. Beaucoup de charme.
Pour ce qui est de la mer, le petit homme préfère la piscine de lhôtel. Les
vagues, à linfini, grondent dune rumeur jalouse et linquiètent. Le
petit homme est de ces êtres dexception qui jouissent dun bonheur parfait
dès lors quun ciel bleu, uniformément, confortablement bleu, dun bleu dont
rien de mauvais ne peut advenir, surplombe une calme étendue deau. Autour de
celle-ci, là, se trouve la félicité des vacances, là se déroule une vie formidable.
Le corps au repos sur une chaise longue, au bord de la piscine déserte, le petit homme
bronze peu. Lesprit détendu, il profite de ses journées pour refaire le monde. Un
grand rectangle, calme et plat, miroir à taille humaine dun ciel trop grand, voilà
ce dont lhumanité a besoin pour ne pas perdre pied, philosophe le petit homme en
attendant le déjeuner. Si le monde avait les dimensions dune piscine dhôtel,
sil acceptait de rentrer dans ce cadre, peut-être se sentirait-il un peu à
létroit, sans doute manquerait-il un peu denvergure, au moins tout cela
reprendrait-il des proportions plus raisonnables, songe le petit homme avec brio.
Un établissement au personnel attentionné, une piscine, du soleil, voilà des
perspectives bien alléchantes. Avec cette réserve toutefois : pas plus dans ce monde-là
que dans lautre, le petit homme ne souhaite plonger la tête la première. Pas même
dailleurs tremper le bout du
pied. Leau est un peu froide pour sy mouiller. Afin de parer à toute
éventualité, en cas déclaboussure, le petit homme a auprès de lui une serviette
de bain pour le garder au sec.
pour en savoir plus...
 
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