" Je ne sais pas. Je pèse le
pour et le contre " répond le petit homme au téléphone, et de reposer le
combiné délicatement. Le petit homme se félicite de ne pas avoir cédé à la
précipitation. Il prend un moment pour réfléchir. Après tout, le temps nest pas
si compté que certains veulent bien le dire. Son voisin le presserait de se dépêcher,
de ne pas laisser passer loccasion, mais celui-là est un emporté, un sanguin qui
mourra jeune. Tout le contraire dun petit homme à lesprit pondéré et dont
les gestes sont si mesurés. Que faire ? Le petit homme na rien décidé. Au
moins, na-t-il pas déjà commis derreur puisquil nest pas encore
passé à laction. A sa place, son voisin aurait déjà émis quelque jugement à
lemporte pièce, se serait résolu à y aller ou ne pas y aller : il aurait
arrêté sa décision en deux temps, trois mouvements. Le petit homme ne se décide pas à
la légère. Pas question de trancher dans le vif. Il pèse le pour et le contre.
Le petit homme
allume la télévision. Elle offre, en ce bel après-midi de décembre, le beau spectacle
dun combat de boxe. A la droite du petit homme, un boxeur ouzbek. A sa gauche, un
ghanéen. Catégorie : poids moyens. Le combat paraît équilibré. En comptant les
points, le petit homme énumère les arguments qui plaident en faveur du pour ou du
contre. Les boxeurs rendent coup pour coup, coup sur coup et le petit homme enregistre
autant de pour que de contre. Qui va lemporter ? Le petit homme paraît bien
indécis. Il ne sagit pas de décider à la légère. Crochets, uppercuts, qui va
fléchir en premier ? Le petit homme balance encore mais il songe que décidément,
savoir peser le pour et le contre est bel et bien signe de sagesse. Sa position
darbitre est délicate, maintenir un équilibre demande un talent rare. Le petit
homme peut se vanter davoir les qualités requises. Dernier round. Le ghanéen
sénerve, perd toute mesure. Direct du gauche, louzbek est au tapis. Tout
contre lui, le petit homme murmure : un, deux, trois
Il a jusquà dix
pour choisir son camp.
pour en savoir plus...
 
|