Pascal Desrousseaux : Ecrivain?

Petits récits pour de grands espoirs

Histoire du petit homme qui pesait le pour et le contre

" Je ne sais pas. Je pèse le pour et le contre " répond le petit homme au téléphone, et de reposer le combiné délicatement. Le petit homme se félicite de ne pas avoir cédé à la précipitation. Il prend un moment pour réfléchir. Après tout, le temps n’est pas si compté que certains veulent bien le dire. Son voisin le presserait de se dépêcher, de ne pas laisser passer l’occasion, mais celui-là est un emporté, un sanguin qui mourra jeune. Tout le contraire d’un petit homme à l’esprit pondéré et dont les gestes sont si mesurés. Que faire ? Le petit homme n’a rien décidé. Au moins, n’a-t-il pas déjà commis d’erreur puisqu’il n’est pas encore passé à l’action. A sa place, son voisin aurait déjà émis quelque jugement à l’emporte pièce, se serait résolu à y aller ou ne pas y aller : il aurait arrêté sa décision en deux temps, trois mouvements. Le petit homme ne se décide pas à la légère. Pas question de trancher dans le vif. Il pèse le pour et le contre.

Le petit homme allume la télévision. Elle offre, en ce bel après-midi de décembre, le beau spectacle d’un combat de boxe. A la droite du petit homme, un boxeur ouzbek. A sa gauche, un ghanéen. Catégorie : poids moyens. Le combat paraît équilibré. En comptant les points, le petit homme énumère les arguments qui plaident en faveur du pour ou du contre. Les boxeurs rendent coup pour coup, coup sur coup et le petit homme enregistre autant de pour que de contre. Qui va l’emporter ? Le petit homme paraît bien indécis. Il ne s’agit pas de décider à la légère. Crochets, uppercuts, qui va fléchir en premier ? Le petit homme balance encore mais il songe que décidément, savoir peser le pour et le contre est bel et bien signe de sagesse. Sa position d’arbitre est délicate, maintenir un équilibre demande un talent rare. Le petit homme peut se vanter d’avoir les qualités requises. Dernier round. Le ghanéen s’énerve, perd toute mesure. Direct du gauche, l’ouzbek est au tapis. Tout contre lui, le petit homme murmure : un, deux, trois… Il a jusqu’à dix pour choisir son camp.


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