Pascal Desrousseaux : Ecrivain?

Petits récits pour de grands espoirs

Histoire du petit homme en prose

Le petit homme aurait peut-être pu être un grand écrivain romantique. L’époque est passée, il s’abstient donc de faire des phrases. Il se contente d’être un écrivain de salle de bains. En se brossant les dents, il écrit au dentifrice des romans épiques. Il mime la bouche pleine des histoires insensées. Le miroir se couvre d’éclats de dentifrice au fluor, l’action avance à grands traits, les personnages agissent avec panache.
Il n’y a plus de place en république des lettres pour les écrivains
romantiques. Le petit homme en sera l’écrivain inconnu. Pas de critiques pour se faire les dents sur sa première pièce ? Cela n’empêche pas le petit homme qui se frotte vigoureusement l’émail dentaire soir et matin de concevoir en passant des chefs d’œuvre. Qui sait que dans cette salle de bain anonyme se trouve le continuateur de Hernani, un écrivain, qui sans plume ni stylo, crache dans le lavabo une pièce en un acte dont le talent dépasse, aux dires de sa brosse à dents, Lamartine et Musset réunis ? Personne.
Le petit homme ne s’en
sent pas moins écrivain. Peu importe que l’on écrive ou pas, un écrivain n’est pas de ces êtres qui en forgeant deviennent forgeron. Il est, cela est bien assez. Le petit homme sait se consoler de ce curieux destin qui fait du dernier grand écrivain romantique vivant un être confiné dans sa salle de bains, avec comme unique confident une brosse à dents mi-dure, mi-souple. Il est de son temps, c’est déjà cela. En nettoyant le lavabo à l’éponge, il se félicite de sa dentition parfaite et songe à ses vieux écrivains romantiques du dix-neuvième qui ont souffert toute leur vie d’un mal de dents terrible, faute de dentifrice adéquat et de dentiste compétent. Pas de douleur, réclame le petit homme. Le romantisme n’est plus ce qu’il était.



pour en savoir plus...

Retour au sommaire du siteRetour au sommaire "50 histoires de petit homme"