Pascal Desrousseaux : Ecrivain?

Petits récits pour de grands espoirs

Histoire du petit homme qui n'avait plus un radis

Le petit homme ne va pas souvent au restaurant : le radis y est rarement servi. Or s’il y a bien un plat de fête, un légume que le petit homme chérit, c’est évidemment le radis. Il n’est d’ailleurs pas rare que le petit homme déjeune d’un simple radis à la croque au sel. Un vrai repas de gourmet, affirme le petit homme à ceux qui ne jurent que par viande et fromage. Et oui ! Le radis, comme le petit homme, n’est fade et creux qu’en apparence : il devient vite piquant si on l’arrose de compliments. Le radis rougit alors quelque peu. Le petit homme aussi. Lui ne vit pas en botte, c’est là la seule différence.
Comme tout véritable amateur, le petit homme a ses bonnes adresses. Il
n’achète pas ses radis chez n’importe qui. Le petit homme a déniché un petit maraîcher qui ne paie pas de mine mais dont les radis, fins et roses, sont fameux. Quand le petit homme n’a plus un radis, le marchand lui fait crédit. C’est pourquoi on ne fait pas fortune dans le légume. Un vrai métier de crève- la-faim.
Avec son marchand, le petit homme refait le monde. Un monde où vivraient à leur
aise des radis, sales, terreux, barbus, qui vivraient leur vie au fond des jardins, qui vivraient vieux, quitte à devenir gros et violacés. Hélas, aujourd’hui, regrette le petit homme, on ne vit pas vieux dans le légume. 
Le
marchand n’est pas causant mais il acquiesce sobrement. Au royaume du surgelé et du génétiquement modifié, le radis ne fera pas de vieux os. Voilà pourquoi, conclut le petit homme, radis rime avec nostalgie.
Nostalgie.



pour en savoir plus...

Retour au sommaire du siteRetour au sommaire "50 histoires de petit homme"