Pascal Desrousseaux : Ecrivain?

Petits récits pour de grands espoirs

Histoire du petit homme au whisky sans petites pépées

Hep, Monsieur, une cigarette ! chante une femme en bas résille. Certains soirs, si ça ne va pas, le petit homme sort au « Blue lagon ». Là, il y a de la musique et du whisky. Et des petites pépées mais le petit homme sait que la boisson est difficilement compatible avec les petites pépées alors il reste concentré sur son whisky. Au « Blue Lagon », après quelques verres, on nage vite en pleine allégresse. Voilà pourquoi le petit homme ne se rend pas trop souvent au « Blue Lagon » . Pas envie de se noyer dans le bonheur, le petit homme boit si cela vaut le coup, s’il a plu alors qu’il a oublié son parapluie, s’il a recommencé trois fois la même chose en tournant sept fois la langue dans sa bouche, si la télévision a perdu ses couleurs, si l’ampoule du salon est grillée, si ça n’est pas bientôt les vacances, bref quand cela va droit au pire. Le petit homme redresse vite fait la barre par absorption massive d’alcool.
Le petit homme, accoudé au bar, commande un whisky. Sans glace. Il boit sans
tristesse. Le petit homme n’est pas encore ivre car ce n’est pas son dernier verre. Il peut encore regarder les choses en face. S’il boit trop, beaucoup trop, la femme du petit homme se fâchera, il passera un mauvais quart d’heure, arrivera fatigué, la bouche pâteuse, le lendemain au travail, se fera engueuler par son chef et il devra passer la soirée au Blue Lagon, à boire pour se remettre. Cette perspective rend le petit homme tout triste. Il ne veut pas vouer ses soirées à l’ivrognerie. Pour oublier le danger, il reprend un verre. C’est le dernier, le petit homme aspire à la sobriété. Après, il rentre à la maison.



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