Pascal Desrousseaux : Ecrivain?

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7 ans de bonheur.
En reconduisant à leur voiture ses derniers visiteurs, les ambassadeurs du Vanuatu, des Comores et de Guinée venus en audience le féliciter, le Président laissa éclater sa joie. 7 ans. A peine avaient-ils été entamés par les formalités d’usage, passation de pouvoir et photo officielle. A peine seraient-ils grignotés par quelques visites d’Etat, promises il est vrai un peu à la légère aux représentants du corps diplomatique étranger. 7 ans de pouvoir et de liberté. Toute une époque. Le Président songea avec ravissement que bien des enfants naîtraient en sept ans, que beaucoup sans doute, en son honneur, porteraient son nom. Il pensa aussi au fox à poil dur acheté d’occasion par son état major de campagne et que l’on avait destiné à gagner les voix au combien précieuses des propriétaires d’animaux familiers. Le fox à poil dur avait déjà parcouru une bonne partie de sa vie de chien. Sans doute ne verrait-il pas la fin du mandat. Le Président n’était pas particulièrement cruel, et pourtant cette pensée le réjouit. 7 ans ! Bien des êtres mourraient durant son mandat et lui, le Président, grâce à une action politique savamment dosée leur survivrait. Des vies s’écrouleraient et lui, le Président, inébranlable, resterait aux commandes, insensible au temps qui passe. La vie des hommes s’écoulerait et le Président verrait tout cela de loin, tout cela de haut, trop préoccupé de l’intérêt général pour être sensible à la vanité des choses. Le Président se souvint qu’enfant, il excellait en mathématiques. Un rapide calcul lui enseigna que deux fois sept = quatorze et ouvrit alors des perspectives plus prometteuses encore. Le Président se hasarda à multiplier sept par trois puis se ravisa. Sans doute tout cela ferait-il beaucoup et l’emmènerait à un âge périlleux et incertain. " Chaque chose en son temps " murmura-t-il, bien décidé à savourer les années jour après jour. Peut être y aurait-il des législatives en sept ans mais le Président ne n’était jamais beaucoup soucié des législatives. Telle était sa nature. Il fit venir un calendrier et établit avec ses conseillers le programme d’action de son mandat. Sa secrétaire particulière prit des notes. L’an I de mon élection, je ferai souffler sur le pays un grand vent de réformes. Il soufflera encore un an plus tard mais s’épuisera vraisemblablement dès l’an III. Viendra alors le temps de réfléchir, de faire une pause nécessaire et que chacun digère les mesures nouvelles. Telle sera ma troisième année. Le Président fit rayer soigneusement chaque case de l’agenda de manière à éviter toute initiative intempestive. Gouverner dans la durée exige en effet de la patience et de la méthode. Pour la quatrième année, il demanda au Directeur de Cabinet de préparer ce que le Président appela " Un nouveau souffle pour la République ". Il recommanda qu’on lui suggère cette année-là une nouvelle idée par semaine. Pour les dernières années de son mandat, le Président se vit prescrire quelques sondages et inscrivit à son agenda la préparation de sa réélection. Sa secrétaire écrivit sous sa dictée un petit pense bête selon lequel il ne faudrait concevoir pendant cette nouvelle campagne que des choses inutiles, peu coûteuses, susceptibles de ne pas déplaire aux électeurs et surtout, le Président fit souligner deux fois, s’abstenir de toute maladresse, de toute provocation et bien entendu de toute réforme impopulaire. A son conseiller économique, il fit dessiner une courbe en cloche qui figurait une montée d’impôts particulièrement rude durant les premiers temps et une chute toute aussi vertigineuse en fin de mandat. Après quoi, le Président congédia tout le monde et se reprit à rêver à ses sept ans de bonheur, sept années durant lesquelles chacun l’appellerait par ce nom qu’il avait depuis si longtemps convoité, ce titre, tant chéri, qui était le sel de sa vie " Monsieur le Président ". Quant à moi, Caligula, employé à la Présidence de la République, je ne voyais pas aussi loin. En buvant une bière, je me sentis tiré d’affaire, bien au chaud, pour sept ans, et quatorze peut être, tout occupé à payer mes cotisations de sécurité sociale, à racheter des annuités de pension et me préparer ainsi la retraite dorée à laquelle j’aurais droit.

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